| Le Peuple des Dunes - 2002-07-21 |
| Il était une fois une vaste étendue de sable et de marécages qui, sous la houlette d'un gentilhomme éclairé,
devint une terre de peuplement. Voilà un conte qui pourrait allégrement franchir les portes de l'Histoire.
En effet, aux confins de l'hexagone, ce territoire septentrional sur lequel est aujourd'hui sise la commune
de Bray-Dunes est, à l'origine, bien inhospitalier, soumis aux caprices de la mer, battu et modelé par les
vents mais aussi envahi par les eaux de l'arrière-pays empruntant leur écoulement naturel : cette terre souvent
inondée et insalubre est alors peu propice à l'installation humaine et sa domestication par drainage et
assèchement reste tardive.
Il fout attendre les premières décennies du 17ème siècle, avec le creusement du canal de Furnes et des
watergangs adjacents, pour voir l'implantation de quelques fermes dignes de ce nom. Mais toute la partie
littorale devenue section de chasse par ordonnance royale de 1662 demeure le domaine des lapins. Un conflit
de chasse entre l'état-major de la garnison de Dunkerque et les bourgeois de cette ville provoque alors, très
opportunément, une évolution de l'environnement administratif : un arrêt du conseil d'Etat de Louis XV en
date du 20 avril 1775 décide que les villes de Dunkerque et de Bergues, ainsi que les paroisses soumises à
leur juridiction, deviendront concessionnaires des dunes et des garennes situées à l'est de Dunkerque jusqu'à
la limite de la province belge, à charge pour elles de détruire les mammifères logomorphes qui prolifèrent
et occasionnent de réels préjudices aux cultures de Ghyvelde. | | Malgré le bornage des parcelles, |
| cette disposition suscite bien des différents entre les communes issues de
la Révolution française et Napoléon Ier est amené à prononcer par décret le 21 août 1806, le partage des dunes
qui, dans les faits, ne deviendra effectif qu'en 1839 : 38 communes se répartissent alors cette bande littorale
de plus de 245 hectares, partie intégrante du territoire communal de Ghyvelde qui sera délimité au sud par
la voie ferrée Dunkerque Furnes en 1868.
A la fin du second Empire, un armateur dunkerquois, Alphonse Bray, nourrit le projet de créer une maison de
refuge pour les vieux marins de commerce et se propose d'accorder à ce nouvel établissement une rente
perpétuelle suffisante pour son fonctionnement. Cette initiative ne trouve pas un écho favorable auprès de
la municipalité de Dunkerque, qui, le 8 octobre1869, après quatre années de pourparlers et d'études, repousse
cette proposition.
Nullement découragé, Alphonse Bray décide, l'année suivante, d'acquérir un vaste terrain de dunes à Ghyvelde
pour édifier son établissement de bienfaisance : cette 'Maison hospitalière" accueille vieillards et infirmes
de la marine mais aussi, pour l'enseignement, les enfants des habitants du hameau : ces familles de marins
pêcheurs, pour la plupart embarqués à bord de navires armés à Dunkerque et pratiquant la pêche en Islande,
se sont établies dans les dunes ou le long de la route menant à la frontière et empierrée depuis 1837. | | cartes postales anciennes |
   | | Alphonse Bray |
| ( 1804-1887 ) fait également construire une église consacrée à Notre-Dame des Dunes. Le 27
février 1875, il fait don de ces biens à la commune de Ghyvelde et une fondation Bray est autorisée par
décret présidentiel le 15 juillet 1876. Cet armateur dunkerquois peut ainsi, à juste titre, être considéré
comme l'un des artisans de Ia communauté qui, isolée du cur de Ghyvelde par le canal de Furnes, va très
naturellement aspirer à l'autonomie. Le 26 février 1883, les 800 habitants du hameau obtiennent
l'autorisation de former une municipalité distincte dont le chef-lieu est fixé au village des Dunes portant
désormais le nom de Bray-Dunes. La même année, la construction d'un pont à deux pas de la frontière et
financé par la commune de Ghyvelde met fin à l'isolement et permet la suppression du bac à redevance utilisé
par les villageois.
A la fin du XIX"' siècle, les plages et les bains de mer redeviennent à la mode et Bray-Dunes, bien desservie
par la voie ferrée, réunit toutes les conditions pour assurer un développement balnéaire. Une première
initiative est prise par la ville d'Hondschoote qui procède au lotissement de terrains dont elle est
propriétaire. Un premier hôtel, le "Nautique', est édifié en front de mer. Puis, des industriels et
négociants, originaires de Tourcoing et tous disciples de Nemrod, font élever les quatre premières villas
'Suzon, Hortensia, Thérésa et Marguerite'. La digue de 900 mètres appelle les constructions, au cur d'un
environnement exceptionnel qui, à cette époque suscite un nouvel engouement.
La situation privilégiée de Bray-Dunes proche des grandes villes du Nord n'échappe pas aux hommes d'affaires
de la région qui ont mesuré toutes les ressources qu'offrent ces vastes étendues de dunes bien reliées à
Dunkerque mais aussi aux plages belges et même à l'arrière-pays puisque, de 1903 à 1933, une voie de chemin
de fer appelée ligne Michon assurera les liaisons vers Hondschoote. |
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